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vendredi 28 mai 2010

La Serbie est un grand mystère

La Serbie est un grand mystère
le jour ignore ce que la nuit mijote,
et la nuit ce que l’aube apporte,
le buisson ne sait ce que rêve son voisin
ni l’oiseau ce qui se trame
entre les branches.

Le lézard ne sait ce qui rampe sous les pierres
ni l’épi de maïs ne pressent
ce qu’il advient dans le champ voisin.
A tout instant tout s’altère,
il n’est ni feuille ni recoin
Qui ne soit mystère.

Et qui sait ce qu’elle recèle
cette innocente rosée brillante ;
ces cris pratiques des paysans
qui résonnent de tertre en tertre
ourdissent un complot peut-être ?

Qui dans ce pays et quand
saura ce que la jeune fille
porte en son sein immaculé ;
quel pesant secret
tient dans ses mains l’enfant ;
et chaque vieille ratatinée,
quel est le but auquel elle tend ?

Dans ce pays vents et parfums,
les ruisseaux et les rivières
et les cloches des monastères
relaient des nouvelles codées,
tandis qu’au premier tournant,
tout à l’orée de telle forêt,
qui sait la rencontre qui t’attend ?

Dans ce pays l’ennemi ne peut
se fier même au pas du lièvre
ni à la trace des pattes bovines.
Ne sont-ce d’occultes combines :
tant les chants des moissonneurs
que les coups de la cognée
et la berceuse près du berceau ?

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Traduction de Desanka Maksimović (1898-1993), «Srbija je velika tajna» Le 30 mai 2010.

lundi 5 avril 2010

Ma demoiselle a quinze ans

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A Irina pour son anniversaire, le 5 avril 2010.

Ma demoiselle, tu as quinze ans :
C’est, dis-tu, un âge inutile !
Vous n’êtes pas encore des grands
Mais vous trouvez l’enfance futile.

Ma demoiselle, tu as quinze piges !
Pourrais-tu nous les repasser ?
Tes vieux voudraient que l’âge se fige :
De toi, ils n’ont jamais assez.

Mad’moiselle a quinze printemps,
Quinze étés, automnes et hivers…
Sais-tu, Mam’zelle, que tout ce temps
Ne fut qu’une fête pour ton père ?

mercredi 3 février 2010

En fin de compte...

En fin de compte
Tu as toujours su qui j’étais
Pourquoi soudain ces larmes, ma tendre?
Tu avais dit que sur une roue
Nul lierre ne saurait prendre
En vain, tant de soie froissée.







C’est ainsi
Du chagrin ne fais pas un manège
Passe la prochaine colline éclairée
Mon empreinte s'effacera
Et comment! de ton oreiller
Comme un pas sur la neige

Je vais briser ma guitare
De ténèbre noire trop pleine
De longue date je crains ma mélopée
Elle remue en moi des gènes
Du Danube
Et je m’écoule, même sans bouger

Et pourtant
Mienne, l'aurais-tu jamais été
Si je n’étais qu’un soldat dans l’armée des hommes?
Tu avais dit que vraiment
Je ne savais compter l’argent
Et que néant était tout ce que j'offrais.

(Refrain)
En fin de compte
Tu as toujours su que j'étais une cigale
Une broche qui s'épingle mal
Que le souffle le plus léger
Pouvait m'emporter
Qu'à mi-mot je m’interromprais
Et ne me retournerais
Jamais

Tu alignes dans ta vitrine
Un monde fin de porcelaine
Mais je suis une pièce sans filigrane
Attends, c’est un conte de fées
Que tu t'imagines
Te fallait-il vraiment ce tzigane?

Non, mon âme...
Ce n’est qu’à l’automne
Qu’éclatent les couleurs des frondaisons
Toutes se ressemblent à l’été vert
En fin de compte tu savais
Très bien qui j’étais
A quoi bon ces larmes, belle femme?

Tu as toujours su, mon cœur
Que j’étais un paillasse
Que mon chapeau n'était qu'une tente
Et mes lèvres, des oiseaux moqueurs
Mais que mon oeil était muet
Que j’étais un manteau à deux faces
Que j’étais un Monsieur Foutriquet
Et rien de plus


Adapté de Djordje Balašević, Na posletku, le 17 septembre 2009.

dimanche 31 janvier 2010

A Sophie

I
Tu es belle comme il n’en est guère
Entre les nymphes de terre ou d’eaux.
C’est ta parure la plus altière,
Ce corps si tendre qui tantôt
Plonge, scintille et se balance
Comme la vie y mène sa danse.

II
Tes profonds yeux, planètes jumelles
Plongent le sage dans la stupeur
Par leur feu clair et doux comme miel
Qu’attisent des souffles de bonheur
Qui, telle une volée de zéphyrs,
Ont de ton âme fait leur empire.

III
Si chaque visage que reflètent
Ces yeux doit en pâlir de joie,
Si l’âme vacillante est défaite
Rien qu’au seul son de ta voix,
Ne t’étonne pas si ton murmure
Fait de mon coeur un fruit trop mûr.

IV
Comme la rosée au premier air,
Comme une mer trop agitée,
Comme l’oiseau qu’effraie l’éclair,
Comme tout ce qui, remué, se tait,
Comme lorsqu’une vision nous vient,
Tel est mon coeur auprès du tien.


(Adapté de Shelley, «To Sophia (Miss Stacey)», dans la solitude de Vrdnik, été 2009.)


Original:
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Percy Bysshe Shelley
To Sophia (Miss Stacey)


I
Thou art fair, and few are fairer
Of the nymphs of earth or ocean;
They are robes that fit the wearer
Those soft limbs of thine, whose motion
Ever falls and sifts and glances
As the life within them dances.

II
Thy deep eyes, a double planet,
Gaze the wisest into madness
With soft clear fire, the winds that fan it
Are those thoughts of tender gladness
Which, like zephyrs on the billow,
Make thy gentle soul their pillow.

III
If whatever face thou paintest
In those eyes, grows pale with pleasure,
If the fainting soul is faintest
When it hears thy harps wild measure,
Wonder not that when thou speakest
Of the weak my heart is weakest.

lV
As dew beneath the wind of morning,
As the sea which whirlwinds waken,
As the birds at thunders warning,
As aught mute yet deeply shaken,
As one who feels an unseen spirit
Is my heart when thine is near it.

lundi 25 janvier 2010

Viatique

Et l'on démarre de bonne heure, écarquillé,
Frissonnant dans le noir, n'importe la saison,
Sous-marin terrestre avec ses cadrans rouges, 
Ses feux, ses yeux sans horizon.
Et l'on se signe.

Reverrons-nous la maison?


Sais-tu l'architecte, et toi l'ingénieur,
A quoi ressemble ton monde quand tu dors?
As-tu bien suivi les lignes de ton plan,
As-tu touché l'armure, effleuré les bords
De ce béton

Qui nous inclut dans sa mort?


Je m'arrêterai au col, je le sais
Pour que le vent m'ébroue et m'éveille
Le vent vivant, mon dernier messager
Entre la terre obscure et vieille
Et mon métal.

Je crois encore aux merveilles.



(Griffonné une veille de départ. 24 juin 2007.)

lundi 18 janvier 2010

Софији

I
Лепша си од лепих вила,
Чаробница тла и вода.
Одева те као свила
То тело твоје кад хода,
Па заноси и светлуца
Јер у њему живот куца.

II
Очи твоје, два угарка,
Воде мудрог до пропасти
Јарком ватром коју џарка
снатрење о нежној сласти
Што пребива и певуши
У отменој твојој души.

III
Ако лица што сусрећеш
од сласти просто пребледе,
Ако душа због те среће
Као мала мачка преде,
Не чуди се кад говориш
Што ми намах ум разориш.

IV
Као роса сабазорна
Као море кад се љути
Као птице после грома
К’о све здрмано што ћути
Као привиђења дим
Такав сам кад те видим.


По Шелију, у врдничкој самоћи, лета 2009.

--

Оригинал:

PB_Shelley_Shelley_Lynmouth_Exmoor_Devon.j1GJxDE8WSze.jpg

Percy Bysshe Shelley
To Sophia (Miss Stacey)


I
Thou art fair, and few are fairer
Of the nymphs of earth or ocean;
They are robes that fit the wearer
Those soft limbs of thine, whose motion
Ever falls and sifts and glances
As the life within them dances.

II
Thy deep eyes, a double planet,
Gaze the wisest into madness
With soft clear fire, the winds that fan it
Are those thoughts of tender gladness
Which, like zephyrs on the billow,
Make thy gentle soul their pillow.

III
If whatever face thou paintest
In those eyes, grows pale with pleasure,
If the fainting soul is faintest
When it hears thy harps wild measure,
Wonder not that when thou speakest
Of the weak my heart is weakest.

lV
As dew beneath the wind of morning,
As the sea which whirlwinds waken,
As the birds at thunders warning,
As aught mute yet deeply shaken,
As one who feels an unseen spirit
Is my heart when thine is near it.