vendredi 31 mai 2013

Un printemps français

Comment fait-on baisser à coup sûr les chiffres du chômage? — On en confie le décompte à la police! C'est la blague qui circule à Paris depuis la "manif pour tous" du 26 mai. La préfecture, suivie par les médias dociles, évaluait à 150'000 personnes une marée humaine nettement plus proche du million. Héritant d'un pays en crise au sein d'une Europe à la dérive et n’apportant aucune idée de relance, le gouvernement socialiste ne s’est pas trouvé de mission plus urgente que de combler les besoins de reconnaissance des gays, qui semblaient pressés de convoler à l'heure même où l'institution du mariage était ringardisée par celle du divorce.

Au fait, l’étaient-ils vraiment? Il eût été utile, avant l'ouverture du débat, de déterminer par sondage le nombre des homosexuels (déclarés ou non) en France et, parmi eux, la part de ceux souhaitant se marier. Ces deux chiffres, et surtout leur écart, auraient permis d'évaluer le degré de concordance entre les priorités du pouvoir et celles de la population. On ne les connaîtra jamais.

Le soupçon demeure donc qu’on aura fait tout ce ramdam au profit d’une minorité infime. Les dégâts collatéraux sont considérables : contestation massive, plongée de la cote déjà abyssale du président Hollande, propagande et mensonges d’envergure soviétique dans les médias officiels. Et l’argument ultime des humanistes: l’Etat policier. Pour avoir escaladé le siège du PS — sans même entrer dans ses locaux — et déroulé une banderole, des jeunes ont été détenus 72 heures en garde à vue et traités comme des criminels. Les temps ont bien changé, m’assurent les vétérans de l'agitation de rue: dans les années 70, lancer des cocktails Molotov sur les «condés» vous valait une bonne raclée et quelques semaines de prison. Aujourd'hui, pour le même geste — attention terrorisme! —, on risque vingt ans!

Manif pour tous

La garde des Sceaux avait raison de parler d'un changement de civilisation. Son erreur aura été de ne pas mesurer la portée de ses mots. Le camp d'en face, lui, l'a bien comprise. Un objet de cette portée ne se traite pas au Parlement, simple relais des décisions du pouvoir. N'avait-il pas essuyé un désaveu cinglant lors du dernier référendum (du reste bafoué), celui sur la Constitution européenne? Si un changement de civilisation ne justifie pas un référendum, qu'est-ce qui le justifie?

La France, on l'avait oublié, est la plus violente des nations d'Europe. Ses insurrections sont à la hauteur de ses indolences. Le 21 mai, comme pour hâter la venue du printemps, un historien hanté par l’avenir de son pays se tirait une balle devant l'autel de Notre-Dame. Presque chaque jour, des jeunes gens sans histoires, ces Français «ordinaires» que leurs autorités méprisent ouvertement, courent avec joie se frotter aux robocops de M. Valls. Dans les cours des lycées, rapportent les profs, l’opinion politique revendiquée et branchée, ces temps-ci, s'appelle «Marine». Est-ce le printemps français? C'est en tout cas un grand changement de saison. Il faut être une taupe ou un ministre pour ne pas le sentir.

Le Nouvelliste, 31 mai 2013.

P. S. Les réseaux sociaux et la généralisation des outils multimédia ne profitent pas qu’aux printemps arabes. La vidéo d’une arrestation totalement arbitraire, saisie par l’avocat des victimes et publiée par Le Point, vaut mille mots.

1 commentaire:

Vilistia Komarovsky a dit…

Bien tapé..bonne analyse..
Il faut abattre le PS et l'UMP suivra..

Le mouvement est en marche..la jeunesse française veut des repères...une ligne à suivre..ceci n'empêche aucune fantaisie dans la vie.